Information : Simon Fauteux / Patricia Clavel
L’artiste folk aux propensions littéraires s’allie au réalisateur Patrick Krief (The Dears) pour cette nouvelle collection sur laquelle il revisite passionnément Baudelaire et Hugo
Montréal, août 2026 — Ayant discrètement dévoilé l’avant-goût « La mort des pauvres » en juin dernier, Jesse Murray fera paraître le EP Sultane le 28 août, un EP sur lequel il met en musique des textes de deux immenses auteurs français : le symboliste Charles Baudelaire et le romantique Victor Hugo. Avec ce nouveau recueil passant de la psych-pop à la chanson et aux relents indie rock, Murray partage un travail de passion, communiquant d’une voix franche et fébrile un amour des mots qui traverse les époques, via une écriture musicale contemporaine.
Chanter des poèmes, c’est une part intégrante de la pratique artistique de Jesse Murray – peu importe qu’ils soient en français ou en anglais, tant qu’il ressent une vive émotion à leur lecture. L’auteur-compositeur-interprète québécois établi à Calgary fait donc suite à son EP Hymne à la beauté (2025) en se dévouant, une fois de plus, à la plume de Baudelaire, tout en faisant un détour par celle d’Hugo. Pour ce faire, il s’est entouré de son proche collaborateur Patrick Krief à la réalisation ainsi que de Seb Ruban et Matt Wolach au mixage.
De l’« Allégorie » de Baudelaire qui revendique une marginalité assumée comme l’esprit de Jean Leloup projeté dans le futur (avec des échos d’« Initials B.B. » de Gainsbourg et « Grand-père » de Georges Moustaki), on passe à « La mort des pauvres » de ce même poète maudit : une pièce sombre et cinématographique, portée par une narration nocturne et sociale, à quelque part entre Leonard Cohen (« Everybody Knows ») et un film de justicier solitaire. On fait ensuite une boucle vers « Mon bras pressait ta taille frêle » de Victor Hugo, une chanson d’amour intime dans la lignée de Francis Cabrel (« À l’encre de tes yeux »), qui vient alléger l’écoute en évoquant le coup de foudre, la naïveté du poète, la beauté des commencements. Puis on retourne vers Baudelaire pour « Que dirais-tu ce soir », un morceau psychédélique connotant The Flaming Lips dans un rêve éveillé, avant de clore le tout avec « Hymne », de Baudelaire toujours. Pour cette pièce, Patrick Krief souhaitait créer une succession continue de fondus. L’atmosphère est flottante, presque irréelle. « Hymne » évoque « L’Escalier » de Paul Piché.
Le choix des textes tirés du recueil Les Fleurs du mal de Baudelaire s’est fait autour d’un même fil conducteur : l’existence, avec tout ce qu’elle porte de spleen, de désir, de tragédie amoureuse, d’ironie dans les relations humaines et d’impuissance face à la fatalité. C’est que Jesse est fasciné par les textes mystiques, forts, par des œuvres qui abordent la condition humaine dans ce qu’elle a de plus grand, mais aussi de plus fragile. Quant à elle, la chanson inspirée de Victor Hugo vient alléger l’écoute avec quelque chose de plus lumineux, qui apporte un contraste à la densité des autres pièces.
Chez Jesse, la musique prend d’abord forme à partir du rythme du texte, puis la mélodie se construit à la guitare. Suite à quoi il rejoint Patrick Krief en studio, y enregistre voix et guitare, et ce dernier complète le tout, jouant de tous les autres instruments et déterminant les arrangements en partant de ce que racontent les paroles : comme une sorte de trame sonore pour l’histoire, finement portée par la cadence de la prosodie. Sur Sultane, cette collaboration prend une place encore plus centrale, leur relation artistique s’étant resserrée au fil du temps. En s’impliquant ainsi dans le processus créatif, Krief fait partie intégrante du projet : car, bien qu’il travaille avec plusieurs artistes d’envergure à Los Angeles, il est important pour lui de transmettre son savoir-faire et son expérience à des musicien·nes québécois·es émergents·es et de contribuer à l’évolution de celles et ceux en qui il croit.
Jesse Murray est un être vivement passionné par la littérature, autant qu’il s’emballe pour la musique. C’est via ce canal hybride que sa personnalité se dévoile, entre hommage aux classiques et actualisation de ceux-ci, pour que les mots résonnent à travers les générations. C’est la raison pour laquelle il est considérablement discret sur les réseaux sociaux : parce que ses chansons le représentent grandement déjà – et ça, c’est un rare gage d’authenticité, de nos jours. Son nouvel EP Sultane paraîtra le 28 août, affirmant la pratique plurielle et exaltée d’un artiste fin prêt pour la prochaine étape.
À propos de Jesse Murray
Jesse est un artiste autodidacte, originaire de la Gaspésie et établi à Calgary – passionné, un peu excentrique, habité par les mots et la musique. Il marche notamment dans les pas de la grande chanson, lorsque des artistes mettaient les poètes en musique pour reconnecter le public à des œuvres intemporelles qui allègent la lourdeur du monde.
En janvier 2023, il sort I Did It All For You, un premier album de neuf chansons anglophones produites par Emre Cords et nourries à la fois par la poésie de grands auteurs et ses propres textes. Six mois plus tard, il enchaîne avec De la mort à l’amour, un deuxième album, cette fois en français, et réalisé par Patrick Krief. Suivant quelques EPs et simples, il offre à l’été 2026 Sultane, un EP sur lequel il revisite des textes de Charles Baudelaire et Victor Hugo, toujours réalisé par Patrick Krief.
Texte : Benoit Porier
Source : Jesse Murray

