Information : Simon Fauteux / Patricia Clavel

Montréal, octobre 2021 – Écouter Flèche Love c’est être transpercé. Transpercé par une armée de Cupidon sans doute, mais surtout traversé par une voix, un corps, un propos qui provoque des sensations, des émotions, des images fulgurantes. C’est ne faire qu’un avec la musique, le timbre, la peau.

Avec Naga Part 2. qui paraitra le 15 octobre via L-Abe, on est saisi par une violente douceur, par une artiste puissamment sensible et sensiblement puissante. Amina est une oeuvre d’art, une sculpture musicale, la rencontre d’Héméra et de Nyx, du jour et la nuit et sa musique est une osmose amniotique. Sa vie a induit son art. Total. Un trip hip hop qui vient des tripes. Son tatouage berbère sur le cou protège son bien le plus précieux, sa voix aux volutes d’airain forgées par les épreuves.

Avec le deuxième volume de Naga, qui fait suite au premier volume paru en 2019, Flèche Love semble avoir trouvé le satori, une certaine sérénité, une paix intérieure. Les sept nouveaux titres, qui font échos aux sept chakras, mêlent puissamment les sons électroniques aux cordes, aux percussions tribales, aux choeurs profonds. Flèche Love avec ce Naga part.2 ample, majestueux et envoûtant se métamorphose en déesse Fremen conquérant Arrakis, en prêtresse chamanique du monde multiverse de demain. Avec le deuxième volet de son dytique, Amina a gagné en persuasion, elle nous fait face sur la pochette et son flow nous foudroie sur les deux titres qu’elle a mis en images et déjà disponibles sur les réseaux.

Acherontia Atropos qui ouvre le disque, est une injonction à laquelle on cède bien volontiers, « what are you waiting for to hold me tight » susurre-t-elle avec assurance. Elle nous emporte sur l’autre rive de l’Achéron où Atropos, la divinité du Destin, du Mektoub, nous aide à couper le fil de la vie et où apprendre à aimer, c’est aussi apprendre à s’aimer. Avec Bruja et son incantation en espagnol, on est en quête d’un amour absolu, mais qui ne peut qu’être spirituel voir cosmique avec un frissonant final à la Carmina Burana. Enceladus nous emmène à la rencontre de l’autre sur ce satellite de Saturne qui pourrait porter la vie, « it’s so good to see you again, it’s so good to feel you again » et la voix volute vers l’empyrée. Dans la culture populaire indienne du Mexique, les humains partagent le même rêve, comme un voile qui cache la vérité, et ce rêve éveillé collectif s’appelle Mitote.

Dans la chanson du même nom, on court après la vérité, dans une cavalcade inéluctable au son des tambours tribaux. La chevauchée se poursuit avec See Me Through et son choeur en transe qui nous transporte en Afrique. Avec The Pythia, on interroge Apollon et l’on écoute des récits qui parlent de soi, d’un amour qui vient de l’intérieur, d’une lumière qui jaillit au fond de nos coeurs. Un morceau traversé par le vent, la lumière et des violons vibrionnant.

Sur Partheno Genesis, se dessine l’hypothèse d’une reproduction asexuée, « I love you but I love myself even more » avoue notre sensuelle sibylle, pas contre nous, mais contre une société encore en lutte.

Billie Holiday 3.0, Flèche Love, c’est de la chair et beaucoup d’amour à dispenser. Elle trace un chemin sensoriel et quand elle chante, on vit une expérience corporelle et spirituelle. Fille d’immigrée algérienne, berbère, Amina est née et a grandi en Suisse. Cette double culture, offerte dès l’enfance, efface en elle les notions de frontières. Et même si elle grandit dans la société genevoise, Kahina la combattante magicienne est pour elle une figure tutélaire, et l’oeuvre de Rumi est un refuge réconfortant. Passionnée d’astrologie, d’ethnologie, de sciences, elle s’imaginait, enfant, devenir avocate consciente très jeune du pouvoir des mots, de leur capacité cathartique à libérer. Flèche Love sera plus tard invitée par l’ONU, dans sa ville natale, pour chanter, faire résonner sa voix au sein d’une conférence internationale sur le Droit des femmes, dans le Salon des Droits de l’Homme, au Palais des Nations.

Amina écrit, compose, produit, réalise ses clips et peu d’artiste possède un univers aussi complet, cohérent, viscéral. Rachid Taha ne s’y trompe pas quand, aux balances de son premier concert parisien il l’interpelle pour lui dire qu’elle est celle qu’il recherche depuis longtemps ; et lui offre de partager ce qui sera son dernier duo, Wahdi sur son ultime album, Je suis africain.

Flèche Love pratique le syncrétisme musical en anglais, en espagnol qui tend vers l’universel. Son art parcourt déjà le monde, avec des concerts au Canada, en Corée, bientôt en Grèce, Turquie, Chine, Taiwan, Italie, Belgique… Elle n’est pas seulement une chanteuse libre à la manière de Bjork, Sevdaliza, plus récemment Fka Twigs ou encore la regrettée Lhasa de Sela. Sa musique unique et avant-gardiste est associée à la danse qu’elle pratique comme une délivrance aux inspirations multiples, mêlant au Butō japonais, « expression du corps obscur », les danses orientales, le krump.

Source : L-Abe