Information : Simon Fauteux / Patricia Clavel

Montréal, mars 2021 – Le trio français Delgres, qui allie l’héritage guadeloupéen au créole et au blues de la Nouvelle-Orléans, fera paraitre son nouvel album 4:00AM, le 9 avril, trois ans après la sortie de Mo Jodi, un premier album encensé par la critique.

4:00 AM. Quatre heures du matin, l’heure de réveil de bien des ouvriers. L’heure des braves.

Tirant son nom de Louis Delgrès, acteur majeur de la lutte contre l’esclavage dans les Caraïbes françaises, Delgres s’est formé en 2016 lorsque le chanteur, compositeur et guitariste Pascal Danaë a rencontré le batteur Baptiste Brondy et le soubassophone Rafgee. 4:00AM est insufflé de thèmes chers au trio : le départ, l’exil, le déracinement, l’esclavage moderne qui en a remplacé un autre. Une fois encore, le créole des mots se fait manifeste, tandis que le son des guitares, le rythme des batteries et les souffles du sousaphone se muent en caisses de résonance des douleurs, des espoirs comme des désespoirs.

À plus d’un titre, le nouvel extrait « 4 Ed Maten » donne le ton de ce nouvel album, au-delà de lui inspirer son titre. Il énonce en effet une volonté de Pascal Danaë de développer des thématiques très personnelles, pour ne pas dire autobiographiques : les difficultés d’un père découvrant un nouvel univers si éloigné du sien, la douleur d’une mère confrontée à la disparition d’un enfant (le grand frère de Pascal disparu dans un accident de voiture) sur « Ké aw », l’incompréhension d’une sœur confrontée au racisme du haut de ses dix ans sur « Sé mo la », la séparation d’une famille suite au départ du père pour la métropole « Aléas ».

D’aucuns pourraient s’étonner que Pascal Danae ait eu à ce point besoin de s’exposer si délibérément, de replonger ainsi dans son passé et celui de sa famille. Lui y voit un cheminement presque naturel. « Je fais un peu ma propre thérapie avec tout ça » admet-il dans un rire. « Même si ce n’était pas aussi poussé en effet, c’était déjà présent sur le premier album. Reconnecter avec Louis Delgres, héros oublié et sacrifié au nom du combat pour la liberté et contre l’esclavage, retrouver une forme de dignité en tant qu’Antillais qui a eu trop souvent le sentiment d’être un peu comme un émigré invisible, ça tenait déjà de la même démarche. C’est cette démarche qui est poursuivie ici, dans la continuité mais en prenant des routes et des formes différentes. Mais toujours sur les bases et les principes qui ont fondé le groupe, à savoir d’évoquer les choses de manière apaisée, d’accepter d’en tirer quelque chose de positif et ensemble ».

« Toujours rester dans le ressenti et l’instinctif fort, voilà ce qui continue à nous guider tous les trois, assène Pascal. Cela nous évite aussi de trop nous poser de questions… » Une façon comme une autre de contourner cette fameuse « pression du second album » que tout le monde se plaît ramener à un cliché éculé mais que personne ne perd jamais complètement de vue non plus.

Chez Delgres, on parle plus volontiers de pression artistique que l’on se serait… infligé soi-même que d’une pression de résultat, y compris au moment de « frotter » ses ambitions nouvelles à leur mise en son. « Sur ce deuxième album, l’idée a très vite été de chercher à confronter l’aspect organique de notre musique avec l’outil qu’est le studio, de davantage jouer avec lui, consent volontiers Pascal. On pourrait presque parler d’utiliser ce studio de manière à en faire un quatrième membre du groupe, toutes proportions gardées. Indirectement et peut-être un peu inconsciemment, c’était une façon de nous mettre en danger, de ne pas nous retrouver dans une espèce d’enfermement ou de formule. D’où probablement un son moins âpre, plus arrondi à l’arrivée sur cet album ».

Plus en phase avec la mélancolie qui prend volontiers ses aises au fil des douze titres de 4:00 AM ? La réponse est dans la question…

Sur un de ses anciens logos, Delgres rappelait deux dates-clés pour lui et ce qui le muait : Guadeloupe 1802, Louisiane 1841. Il pourrait aisément en ajouter deux autres aujourd’hui : Le Havre 1958, Paris 2021.

Source : Le Label / [PIAS]