Zomba Prison Project

I Have No Everything Here

L’album évènement en magasin le 27 janvier

Informations : Simon Fauteux / Audrée Loiselle

Montréal, janvier 2015 – Durant l’été 2013, le producteur Ian Brennan (Ramblin’Jack Elliott, TV on the Radio, Tinariwen) a voyagé à la frontière mozambicaine du Malawi avec son épouse, la photographe et réalisatrice italienne Marinela Delli. Ils s’y sont rendus dans le but de documenter et d’enregistrer la musique des détenus de la prison centrale de Zomba. Le résultat se retrouve sur le fascinant disque I Have No Everything Here, en magasin le 27 janvier.

Le couple a déjà produit de nombreux albums autour de séjours au Rwanda, au Sud Soudan, en Palestine, au Kenya, en Algérie ou ailleurs. Dans bien des cas, ces albums étaient les premiers à être diffusés hors du pays ou les premiers enregistrés dans la langue vernaculaire. La prison de Zomba, un bâtiment décrépit dont les murs de briques semblent tout droit sortis d’un roman de Dickens, a été construite au 19e siècle. Conçue pour héberger 340 prisonniers, elle en contient aujourd’hui plus de 2000. Sans compter les nombreux gardiens qui y vivent aussi, juste de l’autre côté du mur d’enceinte. Le Chef des Prisons a autorisé Brennan et Delli à entrer dans la centrale pour mener à bien leur projet en échange de séminaires sur la prévention de la violence que devait donner Brennan aux détenus et aux gardiens. Ils ont donc pu s’immiscer dans la vie de l’établissement après avoir signé un accord de confidentialité. Ils ont d’ailleurs failli s’attirer de gros ennuis pour avoir pris des photos dans une zone interdite de la prison (voir certains clichés utilisés dans le boîtier du CD). Ils se sont aussi retrouvés pris au milieu d’une bagarre et ont été témoins du tabassage d’un détenu qui avait tenté de s’échapper par la porte principale.

Brennan explique que « la différence entre la prison des hommes et la prison des femmes est flagrante. Les hommes jouent dans un groupe organisé; ils avaient une idée très précise de la manière dont ils souhaitaient qu’on les enregistre. Les femmes, par contre, n’ont pas d’instruments hormis des percussions bricolées à partir de sceaux. Elles disent qu’elles n’écrivent pas de chansons. Mais finalement, sans avoir eu besoin d’insister, elles sont venues une après l’autre avec des mélodies incroyablement personnelles, comme I Kill No More ». La plupart des prisonniers sont là pour purger des peines à perpétuité. Ils ont commis des délits ou des crimes allant du vol au meurtre mais la musique les réunit, brassant aussi les générations avec des détenus d’à peine vingt ans et quelques uns de plus de soixante ans (un âge vénérable pour le Malawi, où l’espérance de vie est moitié plus courte que dans les pays occidentaux).

Le groupe des hommes est mené par un musicien condamné à perpétuité pour meurtre, un meurtre commis lors d’un cambriolage qu’il avait monté avec son gang pour voler l’équipement d’autres musiciens. Les femmes, quant à elles, sont souvent incarcérées pour des délits de sorcellerie, autrement dit pour s’être trouvées au mauvais endroit au mauvais moment.

Le Zomba Prison Project a déjà permis à trois détenues d’être remises en liberté. Et les dossiers de trois autres prisonniers sont en cours de réexamen grâce aux fonds réunis. Le but, c’est que cette démarche puisse être pérennisée et rende possible la défense de plus de détenus grâce à la sensibilisation du public et au soutien suscités autour de l’album, I Have No Everything Here.

Brennan s’insurge : « comment peut-on dire que certains endroits du monde sont des centres pour la musique? La musique est universelle, elle existe partout, elle est nécessaire à notre survie spirituelle. Nous espérons rétablir, fusse à une échelle minuscule, une représentation plus équitable. Comment accepter que des centaines de milliers de musiciens venus de villes telles que Londres, Los Angeles ou New York soient entendus jusqu’à la nausée depuis des décennies, alors qu’il y a des pays de millions d’habitants dont aucun disque n’a jamais été diffusé hors de leurs frontières. Des pays rendus invisibles au point que la majorité des habitants de la planète aurait même du mal à les situer sur une carte. »

Plus de soixante artistes ont été enregistrés dans le cadre des sessions du Zomba Prison Project, soit plus de six heures de musique.

Source : Six Degrees