Warren Cuccurullo & Ustad Sultan Khan

The Master

Le classique redécouvert disponible le 22 juillet

Montréal, juillet 2014 – Les enregistrements inédits éveillent toujours notre curiosité. Quand des sessions inattendues de Miles Davis, John Coltrane, Bob Marley ou des Beatles font soudain surface, elles sont accueillies en fanfare. Comme il s’agit ici du plus grand joueur de sarangi des temps modernes, Ustad Sultan Khan, on peut s’attendre à entendre le monde des passionnés de musique classique indienne monter le son.

Le fruit de cette collaboration, The Master – disponible le 22 juillet –  entre Khan avec Warren Cuccurullo, l’ancien guitariste de  Duran Duran et Frank Zappa, n’avait pas été égaré, mais tout simplement mis de côté depuis la session à Londres, en 1998. Enregistré en un week-end, de manière spontanée, The Master associe le chant et le sarangi inimitable de Khan avec les sons luxuriants de la guitare atmosphérique de Cuccurullo.

Guitariste de Frank Zappa de 1976 à 1980, Cuccurullo fut l’un des fondateurs du groupe Missing Persons avec Dale et Terry Bozzio, avant de rejoindre Duran Duran en 1987. Il écrivit certaines de leurs chansons les plus célèbres, dont Ordinary World et Come Undone. Il n’a jamais oublié sa passion pour la musique indienne, et pour un son en particulier qu’il a toujours gardé en tête : celui du sarangi, une vièle à archet très présente dans la musique hindoustanie.

Jusqu’à sa mort en 2011, Khan était une légende en Inde. À lui seul, il a maintenu la tradition du sarangi. En 2010, il a été décoré de la Padma Bhushan, troisième plus haute récompense du gouvernement indien. Comme Shankar, il s’est fait ambassadeur pour faire connaître sa musique. Il a composé pour des films hollywoodiens à gros budget, joué dans le grand projet de fusion Est/Ouest Tabla Beat Science de Bill Laswell, enregistré avec le bassiste suédois Jonas Hellborg.

En juillet 1998 Khan rendit visite à Cuccurullo chez lui, à Londres. Son salon servait de studio d’enregistrement à Duran Duran. Cuccurullo écoutait un album de guitare acoustique atmosphérique qu’il s’apprêtait à sortir quand Khan lui annonça qu’il voulait jouer et chanter sur sa musique. Le morceau qui fit naître cette envie de Khan fut The Holy Man’s Plea, somptueuse et cinématographique pièce d’ouverture de l’album. Il est suivi par 4D Suite, un immense paysage épique qui se déroule sur douze minutes de guitare et de sarangi. « Nous ne disposions que d’une journée pour l’enregistrer », se souvient Cuccurullo. « Nous avions fait tous les autres titres le samedi. » La basse et les percussions furent ajoutées en 2014, quand Currucullo ressortit les enregistrements. Par contre, les parties de guitare et de sarangi restèrent telles quelles. Elles avaient été conçues en duo, et Currucullo n’avait aucune intention d’altérer la magie de ces deux journées.

Seize ans, c’est long. Lorsqu’on lui demande pourquoi il lui a fallu si longtemps pour sortir The Master, le guitariste devient pensif. « Un jour, j’ai tapé mon nom et le sien dans un moteur de recherche, pour voir ce qui sortait. On avait bien l’album Chicanery en commun (Khan avait joué sur Cut Me From the Mirror), mais il était sorti sur un label avec un contrat miteux et n’apparaissait même pas dans les résultats. Par contre, je suis tombé sur un article du Times of India avec son avis de décès. Je n’avais pas idée. C’est là que j’ai compris qu’il fallait que je ressorte ces enregistrements, que j’en parle à sa famille, et que je termine 4D. »

Depuis qu’il avait reçu son premier sitar en rendant visite à Frank Zappa en 1977, Warren Cuccurullo avait la musique indienne dans le sang – surtout en tant qu’auditeur passionné, mais en jouant parfois. En 2014, alors que The Master sort, Cuccurullo a l’âge qu’avait Khan lorsqu’ils se sont assis ensemble dans son appartement de Londres, il y a seize ans. La suite, nous la connaissons. Et nous pouvons aujourd’hui l’entendre pour la première fois.