Vieux Farka Touré & Julia Easterlin

Touristes

L’album disponible le 18 septembre

Informations : Simon Fauteux / Audrée Loiselle

Montréal, août 2015 – Bien qu’ils aient choisi d’intituler leur album Touristes, disponible le 18 septembre, autant Vieux Farka Touré, le célèbre chanteur et guitariste malien, que Julia Easterlin, chanteuse et artiste américaine dont l’étoile rayonne chaque jour un peu plus, donnent l’impression de se sentir comme chez eux dans cette rencontre musicale inattendue. Le coup d’envoi de la tournée sera d’ailleurs donné à Montréal le mercredi 16 septembre à la Fédération Ukrénienne dans le cadre de POP Montréal.

Vieux Farka Touré est vraiment devenu une star internationale, le « Hendrix du Sahara », dont la musique associe au vieux blues du désert d’Afrique de l’ouest les sonorités d’un rock moderne. Julia Easterlin quant à elle, est née dans le Sud des États-Unis, en Géorgie, mais travaille aujourd’hui à Brooklyn où elle évolue à la croisée de la pop et de la chanson expérimentale. Ils se sont rencontrés à New York en 2014. Vieux Farka Touré se rappelle comment « en une ou deux heures à peine, nous avions créé ensemble quatre chansons ». Née dans un geyser d’inspiration, la version finale de Touristes comprend six titres originaux, trois reprises étonnantes (de Bob Dylan, Fever Ray, et d’une chanson folk des Appalaches), et un titre construit à partir d’un ancien morceau.

L’album s’ouvre sur « Little Things », une chanson écrite lors de cette première rencontre. La mélodie et les paroles sont de Julia Easterlin, mais elles se basent sur un classique de la musique d’Afrique de l’ouest, « Kaira ». Comme l’avait fait son père, le légendaire guitariste de blues Ali Farka Touré, avant lui, Vieux Farka Touré avait déjà enregistré « Kaira ». Cette fois, il explique qu’il l’a jouée un peu différemment à la guitare, à sa  manière, et que Julia Easterlin s’est mise à improviser sur ce qu’il faisait. Avec son rythme chantant (une mesure à quatre temps dont le troisième est très marqué, pour ceux que cela intéresse) ce morceaux offre un terrain de jeu fascinant aux loops vocaux de la chanteuse, une technique dont elle se sert de façon remarquable dans ses propres chansons.

D’une certaine manière, c’est la reprise que font Touré et Easterlin de « Masters of War », la chanson de Bod Dylan, qui forme le battant de l’album. Vieux Farka Touré explique que cette chanson est la toute première qu’ils ont essayé de jouer ensemble. Les paroles tranchantes de Dylan sont toujours là, mais la chanson prend une saveur différente dans cette version lente et mélancolique. Pour Vieux, originaire d’un Mali déchiré par la guerre, ce titre voulait dire beaucoup. « Sur mon album précédent, Mon pays, je chantais le besoin de paix et les maux de la guerre. Au Mali, nous souffrons encore au quotidien des conséquences de la guerre. »

C’est là le nœud de l’affaire : Touristes est bien plus qu’un recueil de jolies chansons doublé d’une histoire intéressante. C’est un album à thème, un album d’idées. Dans « Bamba Na Wili », un des trois titres sur lesquels il chante, Vieux puise dans la tradition séculaire des chants de louanges. Sur une musique qui pourrait être du funk de la Nouvelle Orléans aussi bien qu’un vieux rythme d’Afrique de l’ouest, il chante en songhaï et en peul. Pas besoin de parler ces langues pour reconnaître le nom d’Ali Farka Touré au cœur de la chanson. « Bamba Na Wili » parle de la famille, mais avec une particularité. Vieux Farka Touré explique que « la mère d’Ali venait de Bamba, un petit village entre Tombouctou et Gao. Les gens parlent souvent de l’histoire des hommes de la famille, mais pas des femmes. Bamba est la source de notre famille parce que c’est la source de la mère d’Ali et de sa lignée à elle. » Dans un geste musical qui rappelle encore une fois aussi bien les traditions de la Nouvelle Orléans que celles d’Afrique de l’ouest, Julia apporte sur quelques mesures un chœur de voix superposées qui fonctionnent presque comme des cuivres.

Mais Touristes, c’est aussi le son de deux artistes – parlant des langues différentes, et représentant deux continents, deux hémisphères – qui se découvrent un terrain commun. D’ailleurs, le mot touriste est un télescopage de leurs deux noms, Touré et Easterlin, comme le fait remarquer Vieux. Vieux Farka Touré & Julia Easterlin ne faisaient peut-être que passer, mais cet album nous laisse espérer qu’ils vont revenir.

Source : Six Degrees