Slow Joe & the Ginger Accident

Lost For Love

Le nouvel album disponible le 30 septembre

Montréal, septembre 2014 – Joseph Manuel Da Rocha, dit Slow Joe, né en 1943 à Bombay, a un talent musical inné, une voix de crooner cabossé et surtout une jeunesse d’esprit restée intacte. Cédric de la Chapelle, guitariste intrépide de la scène lyonnaise, fait sa connaissance en 2007 à Goa, l’aide à constituer un répertoire de chansons inédites, s’emploie à lui former un groupe sur mesure (The Ginger Accident), produit son premier album (Sunny Side Up), dont l’accueil est unanimement élogieux et ce second disque Lost for Love, disponible le 30 septembre prochain, rend compte d’une éclatante évolution.

Évidemment on s’expose à l’ironie facile en prétendant qu’avec Lost for Love, Slow Joe signe son disque de la maturité… à 71 ans. Pourtant, loin de proposer une copie carbone de Sunny Side Up, ce second opus rend compte d’une éclatante évolution. Plus riche musicalement avec un usage étendu de sonorités millésimées héritées de la grande tradition rock-twangin’ guitar, orgue Farfisa… Il se distingue par des arrangements affichant une ambition sonore à la hausse dont profitent les confessions à cœur ouvert, les coups de blues, les flashbacks autobiographiques ou encore les éclaircies intérieures de Slow Joe. Il y a l’emphase maîtrisée de You Don’t Have To Tell Me où sur le lit d’un torrent orchestral à la The Last Shadow Puppets, le vieux rebelle résume une posture qu’il s’est évertué à maintenir sa vie durant : « faut pas venir me dire ce que j’ai à faire ! ».  Il y a la ballade anthologique de Cover Me Over, une reprise du précédent album embellie par la voix hyper sensuelle de Yael Naim.

Il y a le dantesque The Eye of Death où aussi buriné par les excès qu’un William Burroughs tardif, Slow Joe soutient le regard de la mort avec le cran d’une tête brûlée et la sérénité d’un sage. Il y a le bariolage bollywoodien de Hum Diya, le tatouage métaphysique de Gimme No Direction – son Like A Rolling Stone à lui – les sombres ruminations de Waters of Loneliness où il se dit « fils des ténèbres ». Et aussi les savoureuses remontées d’une enfance à la Mowgli de The Mulberry Bush. Et toujours cette distance amusée avec la vie qui ne « t’offre pas de crème caramel » (No Caramel Custards).

S’il fallait encore se convaincre des capacités de survie de cet homme, l’écoute de Too Old To Be Loved nous en livre l’une des clefs. Entre tristesse et autodérision, Slow Joe ne triche jamais, embrasse son art avec la reconnaissance de celui à qui le Saint-Esprit a fait un cadeau et s’applique à vivre chaque minute avec l’intensité d’un rescapé. Quand le romancier et critique Nick Toshes affirmait dans sa préface des Héros oubliés du rock’n’roll que pour lui le rock était mort en Juillet 1954, et que depuis globalement le truc n’avait fait que sombrer dans le politiquement correct pour accompagner la lugubre descente vers la sénilité de générations gavées de publicités et de malbouffe, il ignorait l’existence de Slow Joe. Il ignorait cet immaculé septuagénaire aux trémolos adolescents. Il ignorait qu’au bord du gouffre, un lointain visiteur au profil d’ascète, au parcours de damné, allait ressusciter ce grand art et prouver au monde qu’un vagabond pouvait devenir une star.