Kassé Madi Diabate

Kiriké

L’album disponible le 28 octobre

Informations : Simon Fauteux / Larissa Souline

Montréal, octobre 2014 – Le nouvel album de Kassé Madi Diabate, Kiriké, disponible le 28 octobre prochain est né de l’amitié liant Ballaké Sissoko et Vincent Segal. Revenons en arrière…

Il y a depuis quelques années à Bamako un courant musical plus intimiste, plus proche du son acoustique de la tradition. Certains de ses membres sont des vétérans qui ont tenu des rôles de premier plan dans toutes les expériences novatrices depuis l’Indépendance ; d’autres sont de jeunes loups possédant à la fois la virtuosité de leurs ancêtres griots et la liberté du jazz. Pas besoin d’arrangeur, pas besoin de gros son.  Assister aux jeux de ces virtuoses est une expérience exaltante. Vincent Segal est tombé sous le charme, et s’est lié d’amitié avec le joueur de kora Ballaké Sissoko. Résultat : les très beaux Chamber Music (2009) et At Peace (2012), produits par le label No Format ! L’album Chamber Music, avec son économie et son élégance, son naturel jamais pris en défaut, a l’ample respiration des grands classiques mandingues. Son succès a fait date dans le marché en berne de l’époque, et démontré que le public a, somme toute, l’oreille fine.

Kiriké est né de cette expérience. Admiratif de Kassé Mady depuis longtemps, Ballaké et Vincent rêvent de réunir un casting « royal » autour de lui, et de lui offrir un album à la hauteur de sa voix. Autour de Kassé Mady, ils réunissent donc trois solistes, amis d’enfance, trois anciens de l’Ensemble Instrumental du Mali, ce bouillonnant laboratoire de la musique moderne.

Mais surtout trois héritiers de grandes lignées. Ballaké Sissoko est le fils de Djelimady Sissoko, immense interprète de l’album Cordes Anciennes , l’épitome de la Kora. Lansiné Kouyaté, le balafoniste, est le fils de la grande Siramori Diabaté, restée dans le cœur de tous les maliens. Quant à Makan Tounkara dit « Badié », le joueur de ngoni, il a grandi au coeur de l’Ensemble Instrumental, dont son père était l’un des directeurs. A eux trois, ils représentent trois grandes composantes de la musique mandingue, la kora venue de Casamance, le balafon de la zone centrale et le ngoni aux tonalités plus âpres, réminiscentes de désert.

La musique de Kiriké se place dans la lignée de cette nouvelle scène de Bamako. En égrenant des lignes de basse en pizzicati au violoncelle, en privilégiant des formations réduites, comme lorsque ces musiciens jouent entre eux, dans l’intimité d’une cour, Vincent Segal (réalisation, violoncelle) tire subrepticement le son vers une écoute plus moderne, sans pour autant bouleverser l’équilibre classique ; les musiciens peuvent alors déverser tout leur art dans un jeu aisé, libéré, montrer des facettes inédites de leur talent. Le ngoni, à la fois mélodique et percussif, prend une place de premier plan et ses impros ébouriffantes (Douba Diabira) raviront à la fois les amateurs de Bach et ceux du jazz, des gnawas et des transes malgaches. Le balafon et la kora inventent des atmosphères inédites, comme l’accompagnement liquide de Sadjo. Le tout enregistré en live par Philippe Teissier du Cros, dans la belle acoustique naturelle du studio dumusicien américain Kent Carter, à Juillaguet.

Quant à Kassé Mady, il se réinvente. « L’homme à la voix de velours » se révèle, dans les morceaux bambara, un tout autre personnage, un vieux paysan qui grommelle au bord de son champ, articulant une langue infiniment plus savoureuse et populaire que le malinké des grandes déclamations classiques. Cinquante ans de carrière n’ont pas entamé ses aigus, mais le registre s’est enrichi de basses d’une douceur étonnante, plus adaptées à cette « musique de chambre » qu’aux sonorités brillantes des fusions.

Source : naïve / No Format