Justin Kauflin

Dedication

Un très attendu 2e album réalisé par Quincy Jones disponible le 13 janvier

Informations : Simon Fauteux / Larissa Souline

Montréal, janvier 2015 – Son premier album depuis qu’il a signé chez Quincy Jones sort en même temps que le documentaire « Keep On Keepin’ On », chronique d’une amitié avec son mentor, le légendaire jazzman Clark Terry.

« Assis entre Quincy et Clark, témoin de la relation de ces deux hommes qui se connaissaient depuis 70 ans…le moment était surréaliste – une sorte d’illumination : Quincy a été un de ses élèves ! Moi aussi, je suis un de ses élèves ! » – Justin Kauflin

Le mot « tradition » est galvaudé dans le domaine du jazz. Si la tradition est importante, personne ne le niera, le continuum du jazz l’est bien plus. Connaître ses racines ne suffit pas, il faut aussi (vouloir) voir pousser de nouvelles branches. Comme a su si bien le saisir Alan Hicks dans Keep On Keepin’ On, deux musiciens incarnent parfaitement ce continuum : le pianiste Justin Kauflin et son mentor, le légendaire trompettiste Clark Terry. Le film retrace l’influence majeure de Terry dans l’histoire du jazz, et suit le parcours de Justin Kauflin, jeune pianiste prometteur, doté d’une incroyable technique et d’une extrême sensibilité musicale. Absorbant et tirant parti d’innombrables influences – y compris celle de Terry – pour triompher de tous les obstacles, il s’affirme en champion et symbole d’une tradition toujours respectée parce que sans cesse renouvelée. Hommage à Terry, Keep On Keepin’ On est aussi un hymne en l’honneur de deux remarquables personnalités dont le talent, l’enthousiasme et la générosité se renforcent mutuellement, les aident à surmonter les vicissitudes de l’existence et leur permettent de créer, ensemble ou séparément, une musique sublime.

Pionnier de l’enseignement du jazz, Terry est une « académie » à lui tout seul : il a été le professeur et/ou le mentor de Quincy Jones, Miles Davis, Wynton & Branford Marsalis, Randy Brecker, Helen Sung, les chanteuses Dianne Reeves et Jackie Ryan, et le batteur Terri Lynn Carrington. Le composeur, arrangeur et chef d’orchestre Quincy Jones a un rapport particulier avec Terry comme avec Kauflin. Le premier a transmis une immense connaissance à Jones, alors jeune trompettiste au seuil d’une belle carrière. Juste retour des choses (et dans l’esprit de ce continuum évoqué plus haut), quand il eut conquis ses galons avec son propre big band, Jones invita Terry à jouer en soliste.

Comme pour boucler la boucle, Kauflin (que Terry avait présenté à Jones) participa au 2013-2014 Global Gumbo World Tour, tournée mondiale de promotion des nombreux talents découverts et suivis par Jones depuis cinq ans. Retour au présent : Justin Kauflin est « un type génial, c’est tout… C’est une évidence à chaque note », dit Jones, l’artiste aux multiples GRAMMY, producteur et réalisateur de Dedication, le second album de Kauflin, et son premier sous le label Jazz Village.

Si Terry (né en 1920) a grandi à une époque où le racisme faisait loi, Justin Kauflin (né en 1986) a dû livrer un autre combat. Originaire de Virginia Beach, il jouait du violon et du piano à l’âge de six ans mais il perdit la vue à onze ans des suites d’une maladie rare. Il se consacra alors au piano et fut très vite attiré par la liberté du jazz. À 15 ans, il jouait déjà en professionnel avec le batteur de jazz Jay Sinnett.

Boursier, il part étudier à l’université William Paterson, où son chemin croise celui de Clark Terry qui devient son professeur. En 2008, diplômé mention très bien en interprétation jazz, il s’installe à New York. Nourri aux plus grandes sources – Art Tatum, Bud Powell, Bill Evans, Herbie Hancock et Mulgrew Miller – Justin Kauflin a fait son miel de toutes ces influences mais Dedication est incontestablement une œuvre originale. Son style incarne à la fois, sans pour autant en être le succédané, le « feu tranquille » du lyrisme d’un Bill Evans, dont Kauflin reconnaît qu’il fut « l’influence majeure de [ses] 14 ans » ; la fluidité agile d’un Bud Powell, le génie mélodique d’un Herbie Hancock, et un soupçon du style percussif d’un Dave Brubeck.

« Elusive » ouvre le bal avec élégance par les envolées d’unissons entre Justin Kauflin et Matt Stevens, l’étoile montante de la guitare, sur de gracieuses arabesques  au parfum latino. Kauflin élabore soigneusement la logique de son solo, d’une irrésistible dynamique de progression sous son apparente parcimonie, pour arriver à l’effet maximum. « Up and Up », au swing très enlevé, salue en passant l’imagination créatrice des grands prédécesseurs tout en conservant un lyrisme doux-amer. Le charmant, presque fervent, « Mother’s Song » s’inspire de la musique occidentale classique et du gospel américain. L’influence gospel est encore plus marquée dans la magnifique médiation finale « Thank You Lord », à laquelle Etan Haziza ajoute le nimbe délicat du son de sa guitare acoustique aux cordes en nylon. Justin Kauflin ne laisse pas son époustouflante technique prendre le pas sur la musique – jamais il ne se perd dans un flot de notes superflues. Il serait même économe, qualité rare chez les jeunes pianistes et très certainement développée auprès de Terry. Le film témoigne de la passion de Kauflin pour la musique, de sa modestie par rapport à son immense talent et de son admiration sans bornes pour Terry – le professeur et l’ami.

À propos de son album, Justin Kauflin déclare : « Nous avons délibérément choisi de ne pas faire de Dedication une blowing session. » (Dans l’argot du jazz, le terme désigne un album où prédomine l’improvisation). Le programme ne présente que « des compositions entièrement originales, douze en tout, dont sept dédicaces. »

« The Professor » est dédié à feu son professeur et mentor Mulgrew Miller ; « Elusive », au pianiste John Toomey, originaire de  Virginie, qui fut un de ses premiers guides ; « B Dub », à son condisciple, le batteur Billy Williams et « Lasting Impression » à un autre Virginien, le batteur Jae Sinnett. « Mother’s Song » est dédié à sa mère et à d’autres figures tutélaires dont la professeure de piano jazz Liz Barnes. « For Clark » est évidemment un hommage à Clark Terry.  En milieu de programme, « Epiphany/Tempest/No Matter » forme une suite inspirée de sa foi chrétienne (Kauflin est catholique pratiquant).

Kauflin et Hicks participent ensemble à la promotion du film, au fil d’interviews et d’échanges avec le public. « C’est un excellent moyen de gagner des auditeurs potentiels pour le jazz — ils apprennent à connaître l’homme [Terry], puis à aimer sa musique. » Voilà bien un rare exemple d’un véritable projet gagnant-gagnant. Terry et Kauflin ont toujours le même rapport d’intimité. « Il a rencontré en Justin Kauflin, le prodige dont nous avons déjà parlé et qui fut son élève, le vecteur idéal de tout son savoir », déclare le magazine Paste. Dedication en est la preuve.

Source : World Village