Jean-Louis Murat

Babel

Le nouvel album disponible le 28 octobre

Informations : Simon Fauteux

Montréal, octobre 2014 – Le pays où je suis né est comme ça. À le croire trop bonhomme, on en meurt vite, petite silhouette givrée dans l’aubépine. À le voir aussi rugueux, on l’aime, on s’aimante, de peur d’aller crever ailleurs. Ici ou là-bas ? Ce pays est Babel, partout et depuis toujours, forgé par le feu, usé par les eaux du déluge, foulé par les hommes et leurs grands cœurs d’hommes, saints ou salauds. Disponible au Canada le 28 octobre prochain, le nouvel album double de Jean-Louis Murat est un tour de force.

Allez, qui d’autre que lui ? Depuis l’enfance, dans les mots que l’on ne disait pas et que l’on craignait comme l’ombre mortelle des noyers, Jean-Louis Murat construisait cette œuvre, seul ou en bande, sous les toits de lauze ou dans la poussière de l’Amérique que l’on vénère. Derrière des guitares sèches comme l’acacia ou tordues d’électricité, il a parcouru des contrées où personne ne s’aventure, un pied devant l’autre, chaque année ou presque. Ne jamais s’arrêter de marcher, façonner, bâtir, et pour longtemps, pour sûr. Et juste là, à l’aube de ce nouvel album, les racines ont percé à jour. Ce sera le chaînon manquant, le lien refait qui unit le monde et l’Auvergne, l’infiniment proche et l’universel.

A deux pas, à la tête de Kütu Folk Records, maison volcanique et contemplative ouverte sur l’ailleurs, The Delano Orchestra vit en parfait équilibre entre folk gracile et pop tendue comme un arc. Leurs chemins se sont croisés sur les ondes de France Inter, un petit matin de décembre, un concert mémorable presque inventé de toutes pièces, lui devant et eux derrière, comme un seul homme. Projet éphémère pourtant destiné à voyager loin, il a peut-être semé les germes de ce double-album, riche et sophistiqué, joyeux et chagrin, enregistré cul sec au studio Palissy, Beaumont, banlieue de Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme.

Alors, Babel. Il y aura donc un Là-bas et un Ici. Choisir ? Dieu non. Portés au cœur et au ventre, aussi haut dans l’éther qu’au ras des bruyères, ces deux disques insufflent la vie à chaque seconde, la tendre vie que l’on passe dans un champ de linaigrettes caressées par les brises d’alpage, la vie naturaliste des siècles d’avant, et la mort froide, la mort que l’on mérite ou qui frappe dur, courtes chansons remarquablement gaulées, comme cette salope de Thau qui aura fini par baiser le sol glacé de Servières.

Sachant les vertus des belles guitares, des rythmiques enjouées et des arrangements savants, Murat l’Arabe, Murat le paysan, le grand Murat reste cool et espiègle en toutes choses, caressant de sa voix unique ce Harvest arverne éblouissant. Au loin, derrière la Banne d’Ordanche, l’orage approche. Les cordes grommellent, roulent dans la gorge du Chavanon, où l’on règle ses comptes entre chiens et loups. Tout ici sent le foin sec, le lys martagon, la sueur du laboureur, penché sur d’extraordinaires chansons, solidement charpentées et bâties souplement, comme ces grands corps secs que rien n’érode. Ces ballades rebondies, ces contes de la terre et de l’esprit, ces accents soul comme là-bas, sont bien le fruit d’un fabuleux travailleur, auteur infatigable peut-être au sommet de son art. Et si Là-bas conserve de bout en bout cette noblesse hors du temps, cette hauteur digne d’une rare beauté (Pauvre cœur je manquais d’amour / J’ai fréquenté la beauté / Chaque jour abreuvé / A l’illusion des toujours), cette grandeur sèche et cotonneuse parfois légère comme une trille d’alouette, Ici se voile parfois d’un violoncelle mélancolique, disque aux doigts crochetés dans la terre noire, dans la boue des cheires jusqu’au ventre, le visage brûlé par l’Ecir, ou cuit par le soleil des fenaisons.

Babel est une œuvre de cartographe fou d’amour, de géographe retourné par les souvenirs, l’Histoire, les paroles et les senteurs d’un pays nourricier, où la poésie cède souvent la place au franc-parler des campagnes, une étonnante et sublime confrontation que personne d’autre n’aurait pu réussir. Babel est tout cela, et bien plus encore. Il est le voyage invisible de l’âme aux confins du monde, ici et là-bas, définitivement.

Source : Pias France