Dominique A

Éléor

L’album disponible au Québec le 13 mai. En spectacle aux FrancoFolies le 17 juin à L'Astral

Informations : Simon Fauteux / Audrée Loiselle

Montréal, mai 2016 – Dans son petit livre « Y revenir », Dominique A raconte, en quelques dizaines de pages, quelques dizaines de scènes et rencontres, ce retour à Provins, là où il a passé les 15 premières années de sa vie. Là, il s’est trouvé confronté à l’image qu’il avait de lui, en ces temps-là, d’enfant unique, pas vulnérable mais fragile à force de sensibilité. Il s’est replongé dans ce sentiment d’îlots de vie, de quartiers à éviter ou à investir et dans cette aspiration à l’horizon, à l’horizontale perspective indispensable, celle qui ouvre le ciel aux portes de la ville. Dix ans après la dernière visite de Dominique A aux Francofolies de Montréal, cet immense chanteur, incontournable pilier de la chanson rock française qui viendra présenter le 17 juin à l’Astral, son 11e album studio, le splendide Éléor, qui sera enfin disponible au Québec le 13 mai.

« Après 15 ans, Dominique Ané a quitté les contrastes froids de Provins pour Nantes, sa clarté, son horizon, son ouverture. Il a suivi ses parents, son père continuant là son riche métier de ‘‘prof de français, histoire-géo, dessin aussi, parfois’’. C’est là que Dominique va achever son adolescence, commencer de se déployer et de se déterminer. C’est le temps des rencontres avec Philippe Katerine et Gaëtan Chataigner, le moment des amitiés pour toujours. Nantes, 1984, la ville de cœur (‘‘Je respire, c’est physique’’). Nantes vivante et endormie à la fois, Nantes qui, aujourd’hui, ramène ses étudiants en son centre et garde le calme des bords de Loire, à côté des portes de l’Océan. Après ce sera Paris. Et puis Bruxelles et son aberration architecturale, son absence d’horizon, de grand large, d’eau et de belles échappées. ‘‘Je suis, dit Dominique, un citadin qui a besoin de savoir qu’il a autour de lui, une campagne qu’il aime’’ ».

Ses concerts l’ont emmené partout, et si souvent en Espagne où tant de gens ont entendu la force de sa poésie, le poids de ses émotions, la simplicité pure de sa musique. D’Espagne, lui est venue la brûlante « Semana Santa » qui mêle piété et violence, joie et sang. C’est en Nouvelle-Zélande que « Nouvelles Vagues » est née. Il allait être père à nouveau, il avait le temps de voyager, dans la majesté des paysages de cette autre partie du monde. Il y a écrit cette variation d’un certain totalitarisme amoureux. Les violences des mots de Dominique A sont comme les fortes vagues des océans qu’il aime, celles qui étouffent et vous envoient aussi très loin.

C’est en Nouvelle-Zélande aussi que le gimmick lui est venu de « Central Otago » , le gimmick et ce nom. « Ça sonne. Sans doute la première musique m’est venue de la rivière qui bordait le lieu ». Et puis il y a cette femme : les hommes tournent autour d’elle, elle les laisse à la porte. C’est le pouvoir du mot , la fascination des hommes n’est pas ici sexuelle. Ils attendent qu’elle ressorte de la maison et prononce à nouveau « Central Otago ». « Cette chanson, dit Dominique A, est sortie des clous et de ses 4 accords, elle a implosé et même organisé d’autres de mes chansons. »

Vous allez aimer, dans cette veine, les mots de « Passer nous voir», où ceux qui sont restés au village ou « à quai », font un petit signe pour que ceux qui sont partis au loin repassent quelquefois, quelquefois au moins, par la case départ.

A propos de « à quai », Dominique A dit qu’il a refusé quelques propositions de faire une expérience de course au grand large, un grand voyage. « Impossibilité de s’éloigner trop longtemps des siens, d’obliger les proches à se mettre entre parenthèses ». Mais l’Océan, la vague, l’horizon, ils sont presque dans chaque « sillon » d’Éléor. Il a écrit « Par le Canada », « Il y a des rêves qui ne meurent pas / Et qui vous restent sur les bras / Il y a des rêves qui ne se refusent pas ». Violence et beauté, force et faiblesse des amours et des vagues. Au large du « Cap Farvel », lieu lointain, le point le plus au sud du Groenland, Dominique A dit au revoir et adieu (« Les amants cramponnés aux choses qui se taisent / Aux choses qui sont tues »). Et puis, tout simplement, « l’Océan » : « Si ma ligne de vie venait à se casser / J’aimerais pour finir / Regarder l’Océan ».

Jamais peut-être, depuis qu’est née notre relation, à toutes et tous, à Dominique A, le bonheur fort d’écouter et de s’accaparer son album nouveau n’aura autant donné l’envie de le retrouver sur scène. On veut le voir évoquer les vies cachées du stalinisme d’hier et celles d’aujourd’hui (« Une autre vie ») où il contre chante Polnareff : « Une autre vie et on n’est pas au paradis / N’avoir plus peur n’a pas suffi / Pourquoi faudrait-il dire merci aux rêves dont on n’sort pas grandi ». On veut l’entendre chanter la Grande Dépression (« Oklahoma I932 »), les voies ferrées, les hobos, ceux qui allaient nus, pourtant solidaires et où apparaissent en filigrane tant de photos de Walker Evans.

Et puis on veut écouter la musique de sa compagne, Laetitia Velma sur laquelle se posent les paroles de Dominique Ané. C’est « Au revoir mon amour ». Absolument beau, absolument bouleversant. « Peut-être mon amour / Mieux vaut ne pas s’aimer / Qu’un jour ne plus s’aimer ».

Enfin, il y a « Éléor ». D’abord une suite d’accords, et puis cette image des îles autour d’Elleore, cailloux au large du Danemark. Certaines sont de petits Royaumes où le souverain règne sur 10 ou 12 habitants. D’où ce lieu imaginaire, ce nom plus simple, ce titre générique et énigmatique, méta-physique et surréaliste. Apaisant et si beau. « Quand de tout vous serez lassés / Juste un canal à traverser / Rejoignez-moi / Avant que la vie ne se défile / Avant de gagner l’autre bord / Rejoignez-moi à Éléor ».  – Pierre Lescure

Source : Cinq7 / Wagram